INTERVIEW D’ISSOUFOU TRAORE, L’ANCIEN MAIRE DE NOUNA.

《J’espère qu’il y aura des changements majeurs dans le fonctionnement du MPP, dans le cas contraire,c’est clair que personnellement, je ne pourrai plus continuer de la même façon 》

*Après la dissolution des collectivités territoriales, Issoufou Traoré, l’ancien maire de Nouna et l’actuel DPEPPNF-Kossi, a bien voulu nous accorder une interview dont l’objet se porte sur son aventure Politique, les rumeurs sur sa démission du MPP pour rejoindre le PPS, sa précédente gestion à la mairie de Nouna, les histoires de vente de parcelles, son rapport avec Maxime Koné. Bref, c’est sans langue de bois que l’ancien maire répond à nos questions. *

*Quel bilan faites-vous durant les six (6) ans à la tête de la mairie de Nouna? *

Pour faire le bilan de mes 06 années passées à la tête du conseil municipal de Nouna, il convient de faire l’état des lieux de la Mairie à notre arrivée, d’évoquer les acquis et ensuite les perspectives. Tout d’abord, il faut déplorer que nous avons hérité d’une mairie endettée à hauteur d’environ 50 millions de CFA constitués d’arriérés de payement de factures d’électricité, d’eau et de téléphones.
Nous avons commencé notre travail sans moyens logistiques sérieux, pas de véhicule pour le Maire. Nous avons exercé pendant trois (3) ans avant d’acquérir les moyens de déplacement dignes de la Mairie, un véhicule 4×4 TOYOTA HILUX et des engins YBR pour les chefs de service.
C’est l’une des communes urbaines les plus pauvres de la région au regard de la faible mobilisation de ressources financières.
Bref, en revenant au bilan proprement dit, nous avons réalisé des infrastructures éducatives : un établissement préscolaire, au moins 15 bâtiments de 03 classes pour les écoles primaires, 02 établissements en post-primaire.
Tous ces établissements ont été dotés en mobiliers et autres matériels nécessaires pour leur fonctionnement.
Sur le plan sanitaire : des structures de santé ont été construites ,ce sont les CSPS de Sèrè et de Digani. Les CSPS de Konankoira, de Solimana et celui du communal 2 dans la ville de Nouna ont été normalisés.
Les centres de santé nouvellement construits ont été équipés en matériel médico- technique .
Dans le domaine de la sécurité, les clôtures de la gendarmerie et de la police ont été réalisées. Il y’a également la réalisation de la clôture de la mairie ,la construction d’un magasin et la réfection de tous les bâtiments avec installation du solaire sur le bâtiment de l’Etat civil.
La construction de la grande salle « Pascal Simboro » avec une capacité d’accueil de plus 300 places. Ce joyau abrite les grandes rencontres et fait la fierté de la ville de Nouna.Le réaménagement d’une dizaine de kilomètres de voiries et la réalisation d’une cinquantaine de forages. A cela il faut ajouter une cinquantaine de boutiques de rues.
Sur le plan social : le recrutement de quelques jeunes à la mairie,la formation de quelques agents de la mairie.

Au cours de votre mandat,vous avez inscrit l’hygiène et l’assainissement dans vos priorités ? Où nous en sommes?

C’est juste, l’hygiène et l’assainissement s’imposent de fait ,à tout Maire de la commune de Nouna comme priorité au regard de la situation particulièrement difficile de la ville de Nouna en saison hivernale.
Avec l’appui de la mission FAS ’Eau un projet qui a beaucoup travaillé avec nous sur le droit à l’hygiène et à l’assainissement, nous avons eu également des acquis substantiels dans le domaine. Il faut rappeler la cinquantaine de forages réalisés et les nombreuses latrines institutionnelles et familiales réalisées à Nouna et dans les villages. Sur fonds propres, nous avons réalisé 40 latrines familiales dans les villages de Patiarakuy, Dembo et Sokoro.

Combien s’élève le budget de la commune après votre départ?

En ce qui concerne le Budget, l’aspect important ce sont les fonds propres constitués des recettes locales (timbres, taxes, contreventions policières et divers autres produits). Nous avons pris la commune avec 47 millions comme fonds propres et nous l’avons laissé avec 70 millions de fonds propres.

Pour les investissements, notre dernier budget prévoyait près de 80 millions et on envisageait clôturer le cimetière et construire un nouvel abattoir pour finir avec les odeurs nauséabondes de l’ancien abattoir qui dérangent les riverains.

Quelle appréciation faites-vous de votre bilan?

Un bilan positif nonobstant les énormes difficultés rencontrées. Les résultats engrangés font que nous sommes parti la tête haute et la conscience tranquille avec le sentiment du devoir bien accompli. Nous aurions souhaité quitter suite à une élection afin de passer la main en bonne et due forme mais hélas, Dieu en a décidé autrement, que sa volonté soit.

*Quelles sont les difficultés que vous avez vécues au cours de votre mandat? *

Nous avons hérité d’une mairie démunie où la gouvernance antérieure n’était pas des plus orthodoxes. A cela, il faut ajouter le faible niveau de compétence des agents, leur faible rémunération ,la mauvaise mentalité qui régnait au sein du service où il fallait se débrouiller pour arrondir ses fins du mois souvent en usant de pratiques inconvenantes.
Nous étions novice dans la fonction sans une formation conséquente.
A l’instar de la presque totalité des Maires, nous avons eu des difficultés. Ces difficultés ont été d’ordre politiques, sociales et économiques. Que de crocs-en-jambe, de peaux de bananes jetées sur notre voie, de coups bas de la part de ceux qui voudraient nous voir échouer.
Honnêtement dit, les mauvais perdants ne nous ont pas facilité la tâche. Nous en avions certains dans notre propre camp qui espéraient notre échec pour leur permettre de mieux se positionner aux prochaines élections.
Nous avons appris à faire avec toutes ces péripéties et Dieu faisant, le bilan sans pareil du mandat a calmé les ardeurs de beaucoup.

Nous avons également remarqué que vous vous êtes présenté comme un maire débonnaire qui voudrait plaire à tout le monde sans chercher à résoudre les vrais problèmes.
Que répondez- vous à propos ?

Nous avons été un Maire post-insurrectionnelle et il fallait être à l’écoute des populations, il fallait également accepter résoudre certains de leurs problèmes ; c’est ce que nous avons tenté de faire. Quand il fallait prendre des décisions courageuses, nous nous sommes assumés.
Nous admettons n’avoir pas beaucoup manipulé le bâton mais plutôt la carotte et pour cela nous ne nourrissons aucun regret. Pour preuve, nous continuons à jouir de l’estime de l’écrasante majorité des populations et tous les avantages que cela procure.

Parlons-en ! Où nous en sommes avec vos présumées histoires de vente frauduleuse de parcelles à des particuliers. Une plainte a même été déposée contre vous à cet effet ?
*Qu’en est-il ? *

Il n’en est rien, c’était juste une cabale politique orchestrée par des individus de moralité crasse. Nous imaginons que vous savez qu’un individu a posé plainte contre moi et l’affaire est en justice. Nous préférons ne pas nous étaler là-dessus pour ne pas trahir le secret de l’instruction.

Est-ce que cela doit être pris comme un sujet tabou jusqu’à ce que vous ne pouvez pas nous éclairer les lanternes ?

En clair, sur ce sujet, nous sommes très sereins puisque n’ayant reçu 05 F de personne parmi les anciens acquéreurs des parcelles. Nous voudrons souligner que toutes les attributions ont été annulées. Il est simplement ressorti que l’agent domanial a perçu une certaine somme et cela pour faire les dossiers des postulants.

Combien a -t-il a reçu et quelle a été votre part dans tout ça?
C’est l’intéressé qui peut vous répondre, ce qui est sûr personne n’a dit qu’il nous a donné de l’argent pourtant eux tous savaient où nous trouver.

Comptez-vous revenir à la tête du conseil municipal de Nouna?

Notre préoccupation n’est pas un mandat électif quelconque en ce moment, mais plutôt comment contribuer à ramener la paix et la cohésion sociale dans la commune et dans la province. En terme clair, oui, si la paix et la sécurité reviennent dans la commune et dans la province. Non, si la commune et la province sont toujours dans la situation actuelle ou il est dangereux de s’aventurer à 15 km de la ville de Nouna. En tout état de cause, un mandat électif n’est pas une fin en soi pour moi.

Les rumeurs vous donnaient déjà démissionnaire du MPP pour rejoindre le PPS . Qu’est-ce qui vous retient exactement?

Nous n’avons pas démissionné du MPP qui demeure un parti auquel nous restons redevable et donc reconnaissants. Nous avons décidé de nous accorder une année sabbatique comme dirait les clercs. Pendant les 06 dernières années, nous avons été presque sur tous les fronts. Nous avons été un Maire résident constamment sollicité au plan social, politique, financier et professionnel. Nous avons également géré l’enseignement primaire et même l’enseignement secondaire en 2017. En ce moment, nous pensons que ce serait mieux de prendre un petit repos concernant la politique et nous concentrer sur nos responsabilités professionnelles en attendant.

N’est-il pas une entorse à la discipline du parti ?

Pas du tout, de toute façon ce n’est pas toujours qu’on a le temps pour aller aux réunions locales. Nous pensons que c’est notre droit de décider de nous reposer le reste de l’année 2022. En 2023, nous reprendrons du service si le terrain le permet. Nous espérons qu’il y aura des changements majeurs dans le fonctionnement du MPP, dans le cas contraire, c’est clair que personnellement, nous ne pourrions plus continuer de la même façon>>

Certains observateurs politiques susurrent que le torchon brûle entre vous et Maxime Koné alors que vous étiez tout récemment son homme providentiel.
*Que reprochez-vous à ce dernier ? *

A notre connaissance, il n’y a rien de mal entre l’ancien ministre Maxime Koné et notre personne. Maxime est un jeune frère pour nous avec lequel nous avons de bonnes relations. C’est vrai que lors des candidatures aux législatives, nous avons postuler comme candidat et nous nous sommes affrontés aux primaires. De toute façon, il est sorti victorieux de cela et a même eu le temps d’occuper de hautes fonctions après. Hormis, les considérations d’ordre politique alimentées par des rumeurs infondées, il n’y a aucun problème entre nous. Du reste, nous communiquons parfois.

Qu’en pensez-vous de l’avènement du MPSR ?

Si le MPSR reste fidèle à ses déclarations et les traduit en acte, ils seront bien évidemment applaudis par le peuple. Vous savez, rien ne vaut la sécurité, si vous voulez il n’ y a rien au dessus de la paix. Franchement, entre nous, cela sert à quoi d’être Maire, Député, Ministre si vous n’osez même pas mettre pied dans votre village pour raison d’insécurité.

Quel est votre mot de la fin?

C’est de vous remercier de l’opportunité dont vous m’accordé pour m’exprimer à travers Burkinaweb.net, un média sérieux qui a conquis les cœurs des internautes en une année à travers l’énorme travail abattu.
Nous profitons également remercier nos collaborateurs de la Mairie qui, à travers leur bonne collaboration nous ont permis d’atteindre ces bons résultats.
Pour conclure, nous invitons tout un chacun à s’investir pour le retour de la paix et de la concorde sociale dans notre commune et dans notre province.

Propos recueillis par
Madi Sidparaadye KEBRE
Burkinaweb.net

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